Ritchy Fortuné, une voix engagée pour la protection de l’enfance en Haiti

Faire du journalisme, c’est aussi choisir les réalités auxquelles on décide de donner de la visibilité. Pour Ritchy Fortuné, la situation des enfants confrontés à la violence des groupes armés en Haïti est devenue, au fil des années, bien plus qu’un sujet de reportage : une cause qui nourrit son engagement professionnel.
Son intérêt pour la défense des droits de l’enfant ne date pas de ses récentes productions journalistiques. Bien avant de faire du micro son principal outil de travail, il s’investissait déjà dans des initiatives destinées aux plus jeunes. Il y a une dizaine d’années, alors qu’il était secrétaire général de l’Organisation pour la promotion des valeurs éducatives et culturelles d’Haïti (OPVECH), il avait notamment lancé plusieurs programmes en faveur des enfants.
Cette sensibilité s’est naturellement prolongée dans son travail de journaliste. En 2023, son reportage intitulé « L’enrôlement des enfants dans les gangs armés, une catastrophe sociale qui ne dit pas son nom » lui avait permis de remporter le prix de l’Office de la Protection du Citoyen (OPC). À travers cette production, il avait donné la parole à des enfants et à des jeunes rencontrés au centre d’accueil de Delmas 3, dont certains tentaient encore de résister aux pressions des groupes armés, tandis que d’autres avaient déjà rejoint ces structures.
Trois ans plus tard, le journaliste revient sur cette problématique avec un regard complémentaire. Cette fois, il met en lumière les difficultés rencontrées par les jeunes qui souhaitent rompre avec les gangs, mais qui ne trouvent pas nécessairement les structures d'accompagnement capables de faciliter leur réinsertion. Pour lui, les défaillances institutionnelles constituent un sérieux frein à toute perspective de réhabilitation. Une réalité mise en lumière à travers son reportage : « le paradoxe de la réhabilitation des enfants en Haiti », qui lui a valu le titre de lauréat de la catégorie radiophonique de la 9e Edition du prix jeune journaliste de l’organisation internationale de la francophonie (OIF).
« Le dysfonctionnement des principales structures de l’État complique le processus de réhabilitation », déplore-t-il dans un entretien accordé à Vive Voix Info.
Au-delà de l'enrôlement et de la violence, son travail cherche également à faire comprendre les réalités sociales qui maintiennent certains jeunes dans les groupes armés. Pour plusieurs d'entre eux, cette appartenance représente parfois une source de revenus leur permettant de contribuer, tant bien que mal, à la subsistance de leur famille. En l'absence de perspectives et de solutions alternatives, sortir de ces groupes devient alors un parcours particulièrement difficile.
Ce choix de s'intéresser à des enfants souvent réduits à leur association avec les gangs traduit une volonté de regarder au-delà des apparences et de mettre en évidence les mécanismes de marginalisation auxquels ils sont confrontés.
« De nature, j’aime les enfants », affirme Ritchy Fortuné lorsqu’il évoque les motivations profondes de cet engagement. Il y voit la rencontre entre une sensibilité personnelle et une responsabilité que lui impose son métier.
Convaincu que le journaliste occupe une place particulière dans la société, il entend mettre cette position au service des personnes dont les droits sont négligés et dont les voix peinent à se faire entendre.
« J’ai toujours voulu utiliser mon micro en étant conscient que je détiens un mandat implicite de la population, qui me confère une certaine légitimité sociale. Or, cette légitimité suppose un engagement constant à dénoncer tout ce qui marginalise la population et porte atteinte à sa dignité », explique-t-il.
Pour le journaliste, défendre les droits des enfants passe aussi par la capacité de révéler les défaillances qui compromettent leur protection, leur épanouissement et leurs possibilités de reconstruire leur avenir. Une conviction qu'il entend préserver au fil de son parcours professionnel.
« Cet engagement m’accompagnera, à coup sûr, tout au long de ma carrière », assure-t-il.



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